Sarah, CTO deeptech à Lyon, a décortiqué 121 aides publiques — voici ce qu'elle a vraiment obtenu
Sarah dirige la R&D d'une startup cleantech de 7 personnes, basée à Villeurbanne. Capteurs piézoélectriques pour la récupération d'énergie dans les bâtiments tertiaires. TRL 5, deux brevets déposés, zéro chiffre d'affaires. Le profil type qui devrait crouler sous les subventions deeptech en France. Sauf que non.
Quand elle m'a raconté son parcours fin avril 2026, j'ai d'abord cru qu'elle exagérait. Puis j'ai croisé ses retours avec nos propres données — 121 aides indexées au 1er mai 2026, scrappées depuis BPI France, l'ADEME, les Régions et Horizon Europe. Tout collait.
Le réflexe BPI, et la douche froide
Comme 90 % des fondateurs deeptech que je croise dans l'écosystème lyonnais, Sarah a commencé par BPI France. Réflexe compréhensible. La marque rassure.
Problème : sur nos 121 aides recensées, BPI ne représente que 4 dispositifs. Quatre. La Bourse French Tech (plafonnée à 30 000 €), le French Tech Seed (co-investissement 250-500 k€), l'Aide au Développement de l'Innovation jusqu'à 3 M€, et le Prêt Innovation jusqu'à 5 M€. Tous en dépôt continu, aucune fenêtre de candidature à rater — mais aussi aucune urgence à agir, et des délais de traitement qui s'allongent.
Sarah a décroché la Bourse French Tech en février. Trente mille euros. Utile pour financer une étude de faisabilité complémentaire, mais loin du compte pour une startup qui brûle 18 000 € par mois.
Elle visait ensuite l'ADI. Refus. Motif : TRL trop bas. Son dossier se situait entre le 5 et le 6, BPI voulait du 6 franc. La frontière est mince. Elle est surtout arbitraire.
L'angle mort : 43 aides en Auvergne-Rhône-Alpes
Ce que Sarah ne savait pas — et que beaucoup ignorent — c'est que la Région Auvergne-Rhône-Alpes concentre 43 des 121 aides de notre base. Le tiers du gisement national. C'est massif.
Évidemment, tout n'est pas fléché deeptech. On y trouve des aides à l'hôtellerie de plein air bourguignonne, des bourses audiovisuelles, du soutien à la viticulture en crise. Mais dans le tas, plusieurs dispositifs visent l'innovation industrielle et la transition énergétique — le cœur de métier de Sarah.
| Canal de financement | Nombre d'aides indexées | Montant max notable | Deadline la plus proche |
|---|---|---|---|
| Régions (dont 43 en AURA) | 74 aides | Variable (10 k€ à 500 k€) | Mai-Juin 2026 |
| ADEME | 12 aides | Jusqu'à 3 M€ | 1er mai – 28 juillet 2026 |
| France 2030 | 5 dispositifs | 50 M€ (1ères Usines) | 15 septembre 2026 |
| BPI France | 4 dispositifs | 5 M€ (Prêt Innovation) | Dépôt continu |
| Horizon Europe | 4 AAP | 17,5 M€ (EIC Accelerator) | 5 juin 2026 |
Ce tableau raconte une chose que les consultants en financement public n'aiment pas entendre : le vrai volume est en bas, dans les régions, pas dans les guichets nationaux prestigieux.
Le virage ADEME
Sarah a bifurqué. Sur les 12 aides ADEME de notre base, 9 sont des appels à projets avec deadlines fermes. Le Fonds Économie Circulaire monte jusqu'à 3 M€ en subvention. L'AAP « Actions de réemploi, réutilisation, réparation » en Auvergne-Rhône-Alpes fermait le 12 juin 2026. Pile dans sa zone géographique, pile dans sa thématique de réduction d'empreinte énergétique.
Elle a candidaté début avril. Résultat attendu en juillet.
Ce qui m'a frappé dans son récit, c'est la question de timing. Les deadlines ADEME s'égrènent entre mai et fin décembre 2026 — l'AAP BCIB (Biomasse Chaleur pour l'Industrie du Bois) fermait le 1er mai, la santé des sols forestiers le 28 juillet, la décarbonation maritime le 6 juillet. Un fondateur qui ne monitore pas ces dates chaque semaine rate mécaniquement des fenêtres de tir.
Le pari EIC Accelerator
Et puis il y a le gros lot. L'EIC Accelerator d'Horizon Europe. Subvention plus equity, de 500 000 à 17,5 millions d'euros. La prochaine vague ferme le 5 juin 2026. Sarah y réfléchit.
Je vais être direct : c'est le dispositif le plus sélectif de toute la base. Taux d'acceptation autour de 5-8 % historiquement. Il faut un TRL 6 minimum, une ambition pan-européenne, et un dossier béton de 30 pages minimum. Mais pour une deeptech energy comme la sienne, le ratio effort/montant potentiel écrase tout le reste.
Elle hésite encore. Pas parce que le dossier l'effraie — elle en a monté trois en quatre mois. Parce que le coût d'opportunité est réel : deux mois de travail plein temps sur un dossier EIC, c'est deux mois de R&D en moins sur le prototype.
Ce que le parcours de Sarah révèle
Trois enseignements, sans filtre.
Premier point — la concentration régionale est un fait, pas une opinion. 43 aides sur 121 pour une seule région, quand des régions entières n'apparaissent qu'une ou deux fois dans la base. Si vous êtes basé en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie (7 aides) ou en Région Sud (6 aides), votre terrain de jeu est plus large que la moyenne. Si vous êtes en Centre-Val de Loire, c'est un autre monde.
Deuxième point — 84 aides sur 121 sont des subventions pures, pas des prêts ni de l'equity. Les fondateurs qui disent « il n'y a plus de subventions, tout passe en prêts remboursables » se trompent, en tout cas sur notre échantillon de mai 2026. La subvention reste l'instrument dominant. Mais elle est éclatée entre des dizaines de guichets différents, ce qui la rend invisible au fondateur moyen.
Troisième point — et celui-là va fâcher — le récit dominant « France 2030 est le moteur du financement deeptech » ne tient pas face aux données. 5 dispositifs France 2030 sur 121 aides. Oui, ils sont gros — l'i-Démo monte à 5 M€, les 1ères Usines à 50 M€. Mais en volume d'opportunités, les régions et l'ADEME pèsent quinze fois plus lourd.
La suite pour Sarah
Au moment où j'écris ces lignes, Sarah attend deux réponses. L'une de l'ADEME, l'autre de la Région AURA sur un dispositif de soutien à la transition énergétique industrielle. Elle n'a pas encore tranché sur l'EIC Accelerator — deadline dans 35 jours.
Un truc m'est resté en tête après notre conversation. Elle a dit, presque en passant : « Le problème n'est pas qu'il n'y a pas d'argent public. Le problème, c'est que personne ne te dit où il est. » Sur 121 aides scrappées, j'ai du mal à lui donner tort.
Pour les fondateurs dans la même situation, on a construit un outil de matching gratuit qui croise votre profil (secteur, TRL, localisation) avec la base complète des 121 aides. Ça prend deux minutes. Ça ne remplace pas un consultant, mais ça remplace les 40 heures que Sarah a passées à naviguer dans le brouillard.
Données : base SubventionsTech, 121 aides indexées au 1er mai 2026, sources BPI France, ADEME, Régions, Horizon Europe. Voir aussi notre comparatif BPI vs ADEME vs Régions et l'analyse des 121 aides par instrument pour les données complètes.